Comment rendre un cours de yoga accessible aux personnes malvoyantes ?

Ayant moi-même un déficit visuel léger, j’ai toujours trouvé que le yoga avait un potentiel immense en termes d’accessibilité, et c’est même la raison pour laquelle j’avais débuté.

Vous êtes enseignant, responsable d’un studio ou proche d’une personne ayant un handicap? Voici quelques clefs simples.

Pourquoi le yoga est accessible :

Le tapis offre une délimitation claire de l’espace. C’est une zone de sécurité. Le tapis est un espace facilement maîtrisable, dans lequel il n’y a aucun risque d’être dérangé subitement. Le yoga est l’une des seules pratiques corporelles qui offre une frontière aussi claire entre espace personnel et espace collectif.

Les mouvements sont lents et souvent répétitifs. Les enseignants font en général en sorte qu’il soit possible de suivre les yeux fermés, à l’inverse d’un cours de danse par exemple.

La musique est généralement douce et calme. Une personne malvoyante devra déjà fournir un effort important de concentration pour suivre un cours à l’oral. Aussi, une activité dans un lieu bruyant ne peut pas être synonyme détente. A titre d’exemple, je me souviens de ma reprise d’études à l’université. Mon déficit visuel m’empêchait de lire les notes des enseignants à l’écran ou de suivre les graphiques projetés. Je devais donc redoubler d’attention pour suivre l’entièreté du cours par oral, ce qui était absolument épuisant, et si la classe était bruyante ça n’était plus possible du tout. C’est la même chose pour une personne malvoyante qui ne perçoit pas vos mouvements, avec une musique très présente comme dans un cours de danse, ça complique encore les choses.

3 clefs pour améliorer l’accessibilité d’un cours de yoga : 

  1. Habillez-vous de manière colorée et contrastée

Oubliez le total look noir, plus c’est coloré et contrasté mieux c’est ! Généralement, quand j’enseigne je porte un haut de couleur vive. Je me vernis aussi les ongles des pieds en rouge. Pourquoi ? Le handicap visuel est un spectre. Les personnes handicapées ne sont pas toutes aveugles. Nombre d’entre elles ont une acuité très basse, d’autres souffrent d’un champ visuel rétréci (et la liste est encore longue). Penser le handicap comme un continuum et non comme une catégorie binaire est vraiment essentiel. Cela permet de mieux s’adapter en tant qu’enseignant/e. Ainsi, en vous habillant de manière contrastée, vous permettez à une partie des personnes dans le spectre de percevoir vos mouvements et vous situer dans la pièce.

  • Décrivez très précisément les lieux 

Et en termes de lieux pensez très large ! Décrivez l’entrée du bâtiment : y a-t-il une marche ? Un ascenseur ? A quel endroit ? Pensez à décrire le studio : les vestiaires, l’entrée de la salle, le comptoir. Les toilettes sont très importantes : veillez à décrire non seulement l’emplacement dans le studio, mais également l’intérieur. Enfin, dans la salle, expliquez la forme de la pièce, la localisation des tapis et autres matériels. Pour plus de convivialité, je place toujours les participants en cercle, et je fais un tour du cercle en précisant le prénom de chacun. Au-delà du lieu il y a en effet également l’aspect social. Savoir qui se trouve où permet aux participants d’entrer en contact facilement.

  • N’ajustez pas les poses et ne touchez pas les participants 

Voici le dernier élément primordial. Je sais que dans bien des cours, les enseignants ajustent les élèves. Dans le cadre du handicap visuel c’est absolument à éviter ! La zone personnelle d’une personne dans le spectre du handicap visuel est différente, ainsi que sa perception spatiale. Pensez qu’elle ne vous verra sûrement pas vous approchez, et sursautera à votre contact. C’est extrêmement insécurisant. Quand vous pensez handicap visuel, pensez également à perception corporelle différente.

Offrir de l’accessibilité

Enfin, n’hésitez pas à poser des questions. Le handicap a besoin de mots et de dialogue. Les limitations apparentes ne sont limitations qu’en cas de manque d’échanges. Un handicap ne signifie pas l’exclusion ; il signifie simplement faire différemment. En tant qu’enseignants, nous avons la possibilité d’agir consciemment en ce sens.

A ce titre, je trouve intéressant de relever le fait que le handicap met surtout en évidence les insécurités personnelles que l’on peut avoir en tant qu’enseignant. Il faut en effet avoir une certaine sécurité intérieure pour accepter d’être emmené dans des univers flous, que nous ne maîtrisons pas. Enseigner un yoga accessible c’est accepter de se remettre en question et modifier ses propositions en permanence.

Aller plus loin :

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille vivement le livre Accessible Yoga, Poses and proactices for every body de Jivana Heyman, fondateur d’accessible yoga. Le livre de Diane Bondy Yoga for everyone : 50 poses for every type of body offre également une très belle approche.