On parle beaucoup de réussite professionnelle. De satisfaction au travail. D’entrepreneurs à succès et de grandes entreprises. Et puis, il y a les réseaux sociaux : une ode à la réussite, à l’accomplissement de soi. 

Tout est aujourd’hui crié sur la place publique, mis en avant. Personnellement, je suis épuisée par cette débauche de mise en scène et d’énergie solaire. Je me sens obligée de prouver et de montrer et que je suis moi aussi entrain de préformer. De faire quelque chose qui a du sens. DE M’ACCOMPLIR.

 

Ode au solaire

Et bien sûr, mon accomplissement passe si je suis employée, par l’accomplissement de l’entreprise. Je me polis au passage d’années d’expériences, d’un cv que j’essaie d’améliorer et de toutes mes fantaisies que j’arrive tant bien que mal à justifier. Car avant d’être quelqu’un qui se sent obligée de mettre sa réussite en avant, je suis avant tout moi-même. 

Un être, une femme. Une personne avec des humeurs. Des échecs.

BEAUCOUP DE DOUTES. 

Des activités incertaines. De longues périodes sombres, inertes, lentes. Je suis un mélange de périodes solaires et lunaires ; définitivement pas faite pour vendre une image de réussite sans arrêt. Je ne suis pas faite pour vendre du rêve. Je m’étouffe dans la réalisation de soi, c’est trop étroit, trop petit. Trop exigeant. J’AI LE GOÛT DE L’ÉCHEC.

Alors je suis déçue de moi-même.

 

Le droit au dégoût

Cet ode constante à la réussite me fait plutôt régresser. Même si je continue à donner le change dans le monde professionnel, même si je continue à polir mon cv, même si je continue des formations continues, j’aimerais le dire, le murmurer peut-être.

J’exige le droit à mon côté lunaire, à mon obscurité. 

Le droit à faire des choses inutiles et le droit à ne pas savoir où je vais. J’exige le droit d’aller mal. 

J’exige enfin la possibilité d’exprimer mon mal être. 

De toucher le fond. De détester tout ce qui m’entoure. D’ÊTRE DÉGOÛTÉE. De mettre en pause cette course terrible à la réussite et à la réalisation de soi. De préférer l’obscure à la lumière, la lenteur à la vitesse, et mes ressentis intérieurs aux pressions d’un monde de performance. 

J’exige aussi le droit de ne pas me mettre en avant.

DE NE PAS ENCORE UNE FOIS PROUVER MA VALEUR. 

 

Fatiguée de la réalisation de soi

J’en ai plus qu’assez de ne pouvoir exprimer mon dégoût, par peur de passer pour quelqu’un de négatif. J’en ai plus qu’assez de ne pas exprimer mes incertitudes par peur d’être perçue comme manquant de motivation. Dans un contexte qui nous pousse à nous vendre sans arrêt, il serait bien vain de vendre du malheur. Alors je tais mon malheur. Je murmure à peine mes besoins. Je m’étouffe dans ce qui apparaît être l’extension de ma personnalité. Je me tue dans des performances que je continue de brandir, mais qui ont plus le goût d’une preuve sociale que d’une joie. 

Je continue à me vendre et jouer à cet ode au solaire, à la représentation de soi, mais l’envie me vient de casser les codes. De mettre les pieds dans le plat. De dire ce que nous sommes enclins à taire. De mettre des mots sur ce qui n’a rien de lumineux et de détruire mon image pour pouvoir enfin m’exprimer. 

 

Et c’est une respiration. 

C’EST UN SOUFFLE QUI REVIENT. 

Celui d’être à l’écoute de mon être. De mes dégoûts. De mes attentes que ce monde ne comble pas. Je ne suis pas un cv ni même une liste de compétences. Je ne suis pas stable. Je ne sais pas où je vais. 

J’exige le droit au dégoût. A la déception de mes attentes. A mon insatisfaction.

 

Il est temps.

 

P.S. : Toutes ces injonctions de réalisation de sois et de validation de réussite sont une pression réelle. Si tu as envie de découvrir un autre article en lien avec celui-ci, je te propose de jeter un coup d’œil ici : Burn out : l’appel de l’énergie féminine.

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