Le yoga m’a appris de nombreuses choses, et en a déconstruit bien d’autres. J’ai découvert le yoga par hasard (ou pas, découvre-t-on vraiment les choses importantes par hasard ?). J’avais 23 ans, j’étais en guerre, en lutte, en conflit. Cette guerre était toute ma vie.

Cette guerre était intérieure, physique, corporelle. Ma vue avait commencé à baisser à mes 21 ans, alors que j’étais étudiante dans l’environnement. Le monde s’était éloigné de moi. Les choses étaient devenues floues. Et toutes les parts rassurantes de ma vie devenaient inaccessibles, soudainement.

 

La lutte

Alors j’étais en lutte. Retrouver la vue. Ou si ce n’était pas possible, retrouver mes possibles.

Ma lutte était corporelle, ma colère liée à mon corps. Ce corps handicapé. Ce corps inapte. Cette inaptitude qui s’installe et qui crée cette distance avec le monde. Ma vue s’étiolait et la lutte grandissait. Ce corps n’était qu’un incompétent.

Le yoga ne m’a pas amené la paix. On ne trouve pas la paix dans la guerre. Le yoga a mis en valeur les ombres. Il leur a donné une voie.

Le yoga a donné de l’espace à mon corps pour bouger. Dans le mouvement, il y avait tous les cris. Dans le mouvement, il y avait toutes les luttes intérieures. Dans le mouvement, il y avait tous les mots qui n’étaient pas dits, et tous les mots qui ne pouvaient pas être créés.

 

Le mouvement

Dans le mouvement, il y avait mon animalité, ma fougue. Mon corps était toujours jeune, même si ma vue était celle d’une grand-mère. Je me voyais diminuer, m’affaiblir. Je me voyais me perdre dans un monde de moins en moins clair. Le yoga ne m’a pas amené de clarté, ni même au début, de joie.

Le yoga a été la porte des hurlements. Le dialogue dans les cris.

L’écoute. L’écoute de tout ce qui était, même si ce n’était qu’un effondrement. Même si ce n’était que violence. Même si ce qui était n’était que chaos.

Notre société nous pousse à être sportif, attrayant, plein de réussite, de satisfaction personnelle. Le monde du yoga se fait la concrétisation de ces idéaux incessants de satisfaction et bonheur personnel. Je n’y crois pas. Je n’y ai jamais cru. Mon yoga n’est pas un yoga d’épanouissement. Mon yoga a toujours été un dialogue sur ce qui est.

 

Le dialogue

Je crois que la paix ne naît jamais de l’idée d’aller vers le bien. La paix naît de l’écoute attentive des ombres. Je crois que la paix s’esquisse au moment où nous nous écoutons pour ce que nous sommes, des êtres humains imparfaits, parfois dévastés, parfois incompétents, parfois joyeux, et parfois en échec.

Le yoga m’a apporté le dialogue.

Le corps m’a enseigné l’écoute.

Et entre écoute et dialogue, j’ai trouvé la possibilité de m’accueillir.