Stress : une question de société

Je marchais dans la rue, je traversais la ville. Je regardais les gens, les beaux manteaux. Ces femmes bien habillées, ces familles modèles. Je regardais le monde se dérouler devant moi, et je n’étais qu’à la déroute. En décalage.

Et puis je pensais à mon livre sur la GESTION DU STRESS que je suis entrain d’écrire. Je vis un réel blocage dans l’écriture de mon livre, alors je marche beaucoup. Pour me mettre en mouvement, pour laisser la créativité circuler, l’énergie s’exprimer. J’ai rencontré mon énergie, mais elle ne me plaisait pas : elle me disait colère, elle me murmurait le dégoût. 

 

Gérer son stress au travail

Sophie, tu ne peux pas écrire un livre mignon. Tu ne peux pas écrire ce livre chou, qui donne des astuces pour gérer son stress au travail, et ensuite aller boire des cafés en t’illusionnant sur ce RYTHME DE VIE DE DINGUE, cette pression constante au travail, ces deadlines impossibles, ces EXIGENCES absurdes. Tu ne peux pas parler du stress comme de quelque chose qu’il faut gentiment apprendre à gérer. Tu ne peux pas le minimiser. 

Tu ne peux pas parler de stress sans remettre en question le monde professionnel. 

Et puis tu ne peux pas minimiser le BURN OUT (voir l’article Burn out : appel de l’énergie féminine). Le tien. Celui de tes clients. Celui de tes amis. Tu ne peux pas minimiser la souffrance de cette amie, qui travaille depuis 10 ans pour des pacotilles, est soumise à une pression constante, mais fait toujours de son mieux pour atteindre les objectifs. Cette amie que tu vois s’écrouler, s’estomper. Que tu vois s’éteindre depuis des mois, non, des années. A laquelle tu mens, car tu ne peux faire que cela. « Ça ira bien ». Non.

Non, ce n’est pas vrais. 

Colère. Dégoût. Je ne peux pas écrire ce livre ainsi.

 

L’individu au coeur

Chaos. Encore ce chaos. J’ai continué à marcher. Car ce livre, j’aimerais bien l’écrire. J’aimerais bien, pour une fois, faire quelque chose d’accomplis. J’aimerais bien pour une fois, ne pas être cette fille instable, qui critique tout le temps tout, qui écrit des pamphlets à l’université, qui se fait virer de cours à cause de ses mots crus, qui est mise de côté à cause de ses questions. J’aimerais bien être cette fille qui se pose. Qui répond qu’elle va bien quand on lui pose la question. Qui se satisfait du café le dimanche et de soutenir vaguement ses amis qui s’éteignent.

Je ne soutiens pas que mes amis s’éteignent. Je me fiche du chaos, du désordre que cela crée, mais je ne soutiens pas des âmes qui s’éteignent. J’ai envie de voir mes amis briller. S’AUTORISER, s’émanciper, se faire confiance. S’indigner. EXIGER. POSER DES LIMITES. 

Je ne veux pas insinuer que le stress est quelque chose qu’il faut justement apprendre à gérer. Que c’est la responsabilité de chacun. Que ce n’est pas si grave. 

C’est grave. 

J’ai envie de dire à mon amie qu’elle n’est pas responsable de ne pas pouvoir gérer plus de pression. Que ses angoisses sont JUSTIFIÉES. Que sa fatigue est normale. Que son corps a raison. Que son burn out est un APPEL À L’AIDE.

Que son burn out c’est son âme qui se révolte.

J’ai envie de lui dire que tout cela n’est pas juste. 

Je n’écrirai pas un livre sur la gestion du stress sans remettre en question les pressions extérieures. Un livre qui donnerait l’illusion que tous peuvent apprendre à le gérer. Je n’écrirais pas ces mots, qui pousseraient à croire que c’est une compétence professionnelle.

Je dis non. 

 

Replacer le stress dans son contexte

LE STRESS C’EST UN PROBLÈME DE SOCIÉTÉ. Et nous devons le replacer dans la sphère politique et non individuelle. Et je ne minimiserai pas. Je ne fermerai pas le yeux sur l’enfer quotidien et sur toutes ces personnes magnifiques que je vois s’éteindre et se résigner.

Donner des outils pour le vivre mieux, oui.

Accompagner sur le chemin d’une meilleure gestion, oui.

Mais minimiser sans replacer le stress dans son contexte, non.